Nicolasa Escamilla, la « Pajuelera  » par Goya.

C’est aujourd’hui 8 mars la journée de la femme et nous, taurins, pourquoi ne la fêterions nous pas ? Nous avons nos grandes figures : Conchita Cintron, la « dehesa rubia » mais aussi Marie Sara et désormais Léa Vincens, ces trois dernières s’imposant en tête de l’escalafon du rejoneo. A pied il y eut Juanita Cruz puis, plus tard, Cristina Sanchez qui désormais fait une seconde carrière comme commentatrice télévisuelle et Maribel Atienzar, moins connue mais qui eut ses moments de gloire. Au Mexique, pays plus ouvert à la présence des femmes dans un ruedo, on citera Hilda Tenorio ou Conchi Rios. Nous garderons une place particulière pour la malagueña Mari Paz Vega, aujourd’hui installée à Mexico, victime d’une blessure terrible à Orthez pour ses débuts en France. Torera très capable, au courage indomptable, elle n’a pas eu, faute d’appuis nécessaires, la carrière qu’elle méritait. Demain nos espoirs se tournent vers des femmes comme la novillera cordobesa Rocio Romero.

Ce n’est pas rien que ce passé dont nous sommes fier. Les lois interdisant aux femmes l’aura limité. Le franquisme par pudibonderie interdira aux femmes de se produire en piste, alors qu’il y avait un long passé de cuadrillas entièrement féminines au XIXème siècle notamment. Juanita Cruz, engagée au côté des républicains, prendra l’alternative au Mexique en 1940 et Conchita Cintron ne pouvant pas se produire à pied en Espagne, devra dans un premier temps s’exiler avant de revenir dans la péninsule avec le succès que l’on sait.

Disons-le pourtant, la tauromachie moderne n’a pas fait la place qui se doit aux femmes. Elle ne l’a pas fait en piste car, depuis le départ de Cristina Sanchez aucune femme ne s’y est réellement imposée et le pourcentage de celles qui y défilent est infime. Elles sont inexistantes dans les cuadrillas à tous les postes alors qu’elles pourraient y avoir une place au même titre qu’un homme à compétences égales.  Inégalité dans les ruedos mais aussi dans l’environnement taurin et dans son administration. Ainsi les femmes sont inexistantes comme apoderados et, à part Marie Sara, elles sont absentes comme organisateurs.trices. Symbole de cet ostracisme elles étaient interdites de callejon, il y a encore peu de temps, en Espagne comme en France.

« La Femme est l’avenir de l’Homme » a très bien dit Aragon, il est urgent que nous lui fassions la place qu’elle mérite dans notre univers si nous voulons lui donner un avenir. Voilà une voie concrète que devraient explorer tous ceux qui agissent pour la pérennité de l’art taurin. Il faudra en la matière un peu de volontarisme que l’on le veuille ou non. Ainsi nous prouverons que la tauromachie n’est pas un ilot de conservatisme; l’ulitme bunker des préjugés machistes.

Pierre Vidal