Sanlucar de Barrameda, « coso del Pino », novillada mixte, samedi, plus d’un quart d’entrée.

Deux novillos et quatre erales de Chamaco. Le sixième (eral) « Poleteron » de 460 kilos, castaño, n° 24 a été gracié.

Eloy Hilario : une oreille après avis et blessure ; le toro a été tué par le sobresaliente Victor Manuel Rodado (palmas)

Eloy Sanchez : une oreille après deux avis et une oreille après avis ;

German Vidal « El Melli » : une oreille après avis et deux oreilles et la queue symbolique.

Eloy Hillario a été transporté à l’hôpital de Sanlucar pour des examens approfondis. Il a été pris au cours de la faena effectué à son second toro. Il aurait aux dernières nouvelles de nombreuses contusions sans gravité.

Eloy Hilario brinda son premier toro à Emilio de Justo qui assistait à la novillada dans les gradins.

C’était une réunion de famille à laquelle étaient conviés les sanluqueños. Ils ont répondu nombreux, plus d’un millier, pour soutenir les deux espoirs locaux Eloy Hilario et surtout « El Melli » issu d’une dynastie de toreros de plata très aimée dans la cité du Guadalquivir, nouvelle promesse locale. Le jeune valencien Eloy Sanchez était là en terre étrangère : il défendit sa catégorie crânement.

Surprenants, les novillos de Chamaco d’abord pour leur présentation : leur trapio et leur poids qui frôlait parfois les cinq cents kilos. On n’était donc pas là pour s’amuser d’autant que leur jeu fut empreint de sérieux. Ils demandaient beaucoup, même si ils se laissèrent faire pour la plupart, et semèrent la pagaille dans les cuadrillas à plusieurs reprises. Le sixième répétait sans mièvrerie et transmis ses qualités au public qui demanda et obtint sa grâce après accord du ganadero bien qu’il ne fut pas piqué. Bien aussi, le premier et le quatrième nobles avec de la transmission. Un ton en dessous les autres. Le cinquième dangereux. Tous ont fait preuve de mobilité et sont morts bouches fermées.

Courageux, Eloy Hilario, voilà un jeune homme qui a la vocation et qui, malgré toutes les vicissitudes du monde du toro, s’arrime avec courage. C’est un torero complet, bon à la cape brillant dans le tiers de banderilles posées de manière classique, dans les cornes, et qui à la muleta bien qu’encore vert imposa sa loi à deux tíos impressionnants. Le bagage du jeune homme est limité : nous n’étions hier qu’à sa troisième novillada piquée. Malgré cela, il ne perdit jamais les papiers et s’imposa dans des séries courtes et volontaires qui eurent de l’écho. Il tua son premier adversaire d’un estoconazo au troisième voyage. Il se fit prendre par son second toro, excellent exemplaire de Chamaco, en sortant d’une circulaire inversée. Elle ne s’imposait pas mais sans doute Eloy était-il enivré du parfum du succès à portée de main… Inattention ? manque de concentration ?  Il se fit prendre sèchement sans que la corne ne pénètre. Otra vez sera… Eloy !

Emouvant, le très jeune Eloy Sanchez qui ne s’en laissa pas compter malgré le lot imposant et désagréable qu’il eut en partage. Sa décision et ses bonnes manières impressionnèrent un public bon enfant. C’est un très jeune homme finalement bien valencien dans ses manières multipliant les largas de rodillas, les desplantes et avec déjà un bagage qui lui permit de se tirer de situations souvent risquées. Il tua de deux entières mais échoua au descabello.

Élégant, German Vidal « El Melli » a confirmé de belle manière le bien que l’on pensait de lui. Il a une réelle classe qui fait la différence. Il torée avec temple et élégance faisant de sa grande taille un avantage. Il a un concept du toreo typiquement andalou et s’inscrit ainsi dans la tradition locale. On a vu que dans quelques situations difficiles, il ne s’échappe pas non plus et qu’il a du recours lui aussi car il ne fut réellement jamais en difficulté. Il sut gérer parfaitement l’indulto du sixième toro qui ne mollit jamais dans ses charges. Il vit les qualités d’emblée et sut faire monter la mayonnaise comme il se doit.  Melli enchaîna les circulaires inversées par le bas, l’animal suivant le leurre avec vivacité. Il continua à genoux pour une série qui emballa les gradins et il obtint la vie sauve de « Poleteron ». Sortie d’apothéose par la puerta grande du nouvel héros du « Pino ».

Pierre Vidal

photos J.F. et R.S.