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TRES BONNE TRIBUNE DANS LIBERATION http://www.liberation.fr/chroniques/2017/07/10/on-n-est-pas-des-betes-ben-si-encore-un-peu_1582912
Par Luc Le Vaillant — 10 juillet 2017 à 17:36
La faveur surprenante des causes animales et véganes témoigne d’une compassion proliférante qui devrait pourtant éviter d’humaniser l’animal et de «désanimaliser» l’homme.

On n’est pas des bêtes ? Ben si, encore un peu
Il est étonnant de voir une cause annexe gagner en visibilité, imposer ses exigences et commencer à gangrener les habitudes. Il en est ainsi de la cause animale sur laquelle je n’aurais pas parié un euro. Elle va de pair avec la montée en gamme de la décroissance alimentaire et avec la mise à mort des carnivores. Essayons de voir pourquoi ce qui faisait ricaner grassement un pays de bombance réussit désormais à déclencher les bravos rien qu’en poussant les wagonnets du dépouillement sur les rails d’une mystique récessive.

Philosophie d’une dilution pas dissolue.
Pour les antispécistes et autres végans, l’homme n’a plus aucune légitimité à se prétendre maître de l’univers. Il a trop salopé la beauté supposée de la nature pour ne pas devoir expier à jamais. Entre masochisme christique et désinvestissement bouddhiste, les observants deviennent les cobayes d’une ascèse réparatrice, les apôtres d’un jeûne moins régénérant que culpabilisateur. Il ne s’agit plus de sauver le monde, mais de se perdre en lui, de se dissoudre dans le grand tout au lieu de sortir du fourre-tout technologique de quoi se bricoler un kit de survie. Il n’y a plus de ligne droite partant d’un zéro ensauvagé et allant vers un progrès infini à la relativité enjouée. Au mieux, il y a le cercle de l’éternel retour du recyclage permanent quand ce n’est pas l’abîme en siphon du néant se vidant dans le trou noir des origines.

Politique du plus petit que soi
. La gauche a longtemps voulu la transformation du réel, l’égalité dans l’excellence, la levée en masse vers la connaissance. Il s’agissait de se dresser sur ses deux jambes, de saisir l’état des choses à pleine main et de regarder droit devant, en Prométhée ambitieux et collectif. Il fallait être pavé lancé plutôt que pierre qui roule, cent fleurs épanouies plutôt que belle plante vite fanée. Il importait de vivre debout plutôt que de mourir à quatre pattes. Il était question d’échapper au déterminisme minéral, végétal et animal. Il semblerait que la tendance s’inverse et qu’il faille oublier Darwin. La gauche d’aujourd’hui se passionne pour les minorités. Elle prend soin de donner le sein aux identités disgraciées. Elle se complaît dans la prise en charge des plus petits que soi. Les droits disséminés sont enfin acquis au tiers état, aux Juifs, aux Noirs, aux femmes, aux gays, etc., etc. Bravo ! Cela est bel et bon…

Mais voici venir un saut de carpe conceptuel. Ces braves bêtes, qui évidemment ne demandent rien à personne, sont bombardées avant-garde du prolétariat écolo. Elles sont les victimes à ne surtout pas immoler, les totems à vénérer avant que l’apocalypse n’emporte les quatre cavaliers, les poneys, les buffles et tout le troupeau. J’ai bien peur que cette sollicitude en herbe soit surtout le signe d’un rebours régressif vers un être originel, d’un recours gracieux déposé pour retrouver une innocence d’enfance.

Désir de légèreté.
Cette assistance à espèces en danger d’être mangées survient à un moment où la majorité des Français n’a jamais vu plumer une volaille, dépiauter un lapin, courir un canard sans tête et moins encore crier un cochon qu’on égorge. C’est comme si cette hypersensibilité éveillée par le réalisme gore des images d’abattoir témoignait de la nostalgie d’une rudesse paysanne perdue et d’une promiscuité rurale enfuie. A s’éloigner de l’animal, on le porte aux nues et on le fantasme en frère de sang.

Dans l’évolution des mentalités alimentaires, il faut voir deux choses et en craindre une troisième.

1) Choisir le régime désincarné est une manière de s’imaginer ange, elfe ou sylphide. Vous voilà esprit fugace et taureau ailé, pensée dégagée des servitudes physiologiques et grain de poussière balayé par la vacuité de l’existence. Il s’agit de satisfaire un besoin d’évanescence, de s’absenter de cette réalité désastreuse. Préférer le vert au rouge est un vote blanc au scrutin des morts de faim.

2) Cela témoigne aussi d’un refus de mordre dans le jarret de l’adversité. A l’inverse des activistes post-Bardot qui s’exhibent sanguinolents et nus pour choquer le cochon de passant et partager sporadiquement le destin tragique de leurs héros à poil et à plumes, les consommateurs veggies sont dans l’exercice de leur droit de retrait. Ils ne veulent plus en croquer, au risque de l’anorexie sociale. Ils refusent d’incorporer la force de l’autre, de cannibaliser sa différence.

3) Ce souci d’humaniser l’animal est aussi une manière de désanimaliser l’homme, au risque d’affadir l’époque. Ne vous déplaise, j’aimerais pouvoir continuer à me rouler en goret dans la fange de ma souille, à bramer à la lune en biche au bois dormant et à charger en taurillon baveux la courageuse poupée à cape rouge qui se pavane sur le sable des arènes.

Luc Le Vaillant

Et pour faire bon poids cet article instructif du Monde : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/07/12/la-justice-indienne-reautorise-le-commerce-des-bovins-destines-aux-abattoirs_5159445_3216.html

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pierre Le: 11/07/17
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